Preuve accablante : les dirigeants du Québec se battent pour maintenir le racisme systémique en vie

Écartons la fiction polie. Ceux qui nient l’existence du racisme systémique au Québec ne sont pas naïfs. Ils en sont les architectes, les bénéficiaires et, désormais, les gardiens acharnés. Leur déni n’est pas un angle mort. C’est une politique. Et les preuves ne se cachent plus dans des jeux de mots parlementaires : elles s’étalent dans les décisions judiciaires, les manchettes et la carrière brisée d’une femme noire qui a osé défendre les droits de la personne.
La preuve irréfutable commence au tribunal et se termine dans le cabinet de la première ministre Christine Fréchette. Le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, mène actuellement une croisade financée par les contribuables devant la Cour suprême du Canada pour faire annuler le jugement Luamba — une décision dans laquelle deux tribunaux québécois ont affirmé que les interpellations aléatoires violent la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Les tribunaux inférieurs ont été sans équivoque : permettre les interpellations aléatoires crée un conduit sécurisé pour que les policiers pratiquent le profilage racial envers les automobilistes noirs. Jolin-Barrette n’a jamais présenté la moindre preuve empirique que ces interpellations rendent nos routes plus sûres. Il n’en a pas besoin. L’enjeu n’est pas là.
Il s’agit de protection. Sa bataille juridique n’est pas une quête de sécurité routière ; c’est un bouclier pour des policiers racistes. En ce moment même, seize agents du SPVM de Montréal-Nord font l’objet d’une enquête pour des actes si vils qu’ils évoquent un cauchemar d’avant l’abolition : arracher les locks de la tête d’hommes noirs, arracher les cheveux d’hommes d’origine moyen-orientale et conserver ces parties de corps comme des trophées. Ces agents sont la conséquence vivante et respirante d’un système qui dit à certaines communautés qu’elles peuvent être interpellées, fouillées, humiliées et littéralement dépouillées de leur dignité sans conséquence. Et Simon Jolin-Barrette se bat devant les tribunaux pour que ce système reste intact. Il se bat pour leur protection. Cela ne rappelle pas seulement Jim Crow. C’en est l’héritier juridique, vêtu d’un complet ministériel.
Ce qui rend l’indignation insupportable, c’est le silence — et la complicité — de la première ministre Christine Fréchette. Alors que Jolin-Barrette poursuit une voie juridique qu’un ensemble croissant de preuves désigne comme dangereuse pour les vies noires, autochtones et racisées, elle a choisi de le garder au cœur de son gouvernement. Ce n’est pas un oubli. C’est une déclaration de valeurs. Fréchette a envoyé un message sans équivoque : un homme que deux tribunaux ont effectivement réprimandé pour avoir favorisé le profilage racial est toujours jugé digne d’être le premier officier de justice de la province. Le danger qu’il représente pour quiconque n’est ni blanc ni francophone comme lui n’est pas un défaut ; c’est une qualification.
Et puis il y a le fantôme dans la pièce : Me Tamara Thermitus. À la tête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, elle était une femme noire d’origine haïtienne chargée de défendre les droits humains au Québec. Le gouvernement caquiste l’a évincée en s’appuyant sur un rapport du Protecteur du citoyen dont il savait, ou aurait dû savoir, qu’il était bâclé depuis le départ. Il excluait sa version des faits, violant ainsi la norme la plus élémentaire d’équité procédurale. Plus tôt cette année, un tribunal a confirmé exactement cela, jugeant l’enquête illégale. Pourtant, le gouvernement n’a jamais présenté d’excuses, jamais offert de réparation, et jamais fait face à la question évidente : si Thermitus a été chassée de son poste par un processus truqué, pourquoi l’homme qui s’efforce activement de préserver le profilage racial occupe-t-il encore l’un des postes les plus puissants de la province ?
La réponse est aussi simple que dévastatrice. La CAQ ne voit aucune objection à ce que Simon Jolin-Barrette soit ministre de la Justice parce qu’il incarne exactement ce que le parti souhaite. Un Québécois pure laine, inébranlable dans son déni du racisme systémique, prêt à dépenser l’argent public pour défendre les structures mêmes qui broient les personnes racisées. Il n’est pas un boulet. Il est l’idéal.
Les membres de la CAQ qui nous demandent de croire que le racisme systémique est un mythe sont ceux-là mêmes qui, pendant huit ans au pouvoir, ont systématiquement démantelé les institutions capables de prouver le contraire. S’ils avaient reconnu le racisme systémique à un moment quelconque de leur long mandat, Me Thermitus dirigerait peut-être encore la CDPDJ. La commission des droits de la personne aurait peut-être encore une dirigeante qui n’a pas peur de dire la vérité au pouvoir. Et un homme comme Simon Jolin-Barrette ne serait nulle part près des leviers de la justice. Ces postes seraient plutôt occupés par des personnes dont la compétence n’a d’égale que la conscience.
Appelons les choses par leur nom. La négation du racisme systémique au Québec n’est pas une position intellectuelle. C’est un combat d’arrière-garde pour préserver un ordre racial. La CAQ ne fait plus semblant. Nous non plus.
